
Septembre : mois consacré au Rosaire

Histoire du Rosaire
Les origines
Dès les premiers temps de l’Église, Marie est unie à son Fils Jésus dans l’amour des chrétiens et la prière des fidèles.
Au IIIe siècle, on se tourne vers Marie en reprenant les paroles de l’ange Gabriel à l’Annonciation: « Je vous salue, pleine de grâce ».
Au IXe siècle, l’antienne de l’offertoire du 4e dimanche de l’Avent ajoute à la salutation de l’ange à Marie l’exclamation d’Elisabeth lors de la Visitation. Seul est ajouté au texte le nom de Marie. Ce sera, jusqu’à la fin du XVe siècle, la première expression du Je vous salue Marie.
Au XIIe siècle, la dévotion à Marie prend une importance considérable en Occident. Cette antienne de l’Ave Maria devient une prière populaire que l’on aime à répéter, comme à la même époque, en Orient, on répète le nom de Jésus dans ce qu’on appelle la prière du coeur. Dans les monastères, elle remplace peu à peu les Pater Noster que récitent les frères convers pendant que les moines chantent les psaumes en latin. Les cordelettes à noeuds puis les bouliers à grains inventés, peut-être sous l’influence des musulmans rencontrés lors des pèlerinages en Terre Sainte ou lors des premières Croisades, pour compter les psaumes et les Notre Père, vont être utilisés dès lors pour compter les Je vous salue Marie. On parle du Psautier de Marie.
Au XIIIe siècle, la grande mystique sainte Gertrude ajoute le nom de Jésus en conclusion du Je vous salue Marie.
Au XIVe siècle, on aime couronner les statues de la Vierge avec des petits chapeaux de fleurs ou chapelets, ou avec des guirlandes de roses ou rosaires, comme ceux dont on coiffait les jeunes filles aux jours de fête. C’est alors qu’on baptise de ces jolis noms les cordelettes et les bouliers qui servent à compter les Pater et les Ave. Chaque Ave Maria est comme une rose offerte à la Vierge Marie!
Dominique le Chartreux père du Rosaire
Au XVe siècle, en Prusse, le prieur de la Chartreuse de Trèves conseille à un novice de réciter chaque jour cinquante Ave Maria en méditant la vie de Jésus. Le jeune chartreux Dominique rédige alors 50 courtes méditations, ou clausules, non seulement en latin mais aussi en allemand. Son prieur est séduit par cette proposition nouvelle et l’envoie à divers monastères de son ordre. Puis Dominique rédige une série de trois fois 50 clausules, en parallèle avec les 150 psaumes. Peu à peu, pour faciliter la mémorisation, on passe à l’usage de regrouper les Ave en quinze dizaines, toutes introduites par un Pater. On réduit ainsi le nombre de clausules qui passe de 150 à 15. Le Rosaire est né. Par la suite, on réserve l’usage du mot « Rosaire » aux quinze dizaines, chapelet n’en désignant que cinq. C’est au frère Alain de la Roche, né en Bretagne en 1428, entré dans l’Ordre des prêcheurs (dominicains) que l’on doit sa diffusion. Il prêche en Flandre puis à Lille où, en contact avec des monastères chartreux, il découvre les clausules de Dominique de Prusse qui l’enthousiasment. Alain de la Roche devient le grand apôtre du Rosaire. Il prône la création des Confréries du Rosaire dont le succès est immense, jusqu’en Italie et dans le reste de l’Europe occidentale.
Curieusement, Alain de la Roche attribue l’origine du Rosaire à saint Dominique, le fondateur de son ordre, mort en 1221! Bien que sans aucun fondement historique, cette légende sera répétée jusqu’à une époque très récente.
À la fin du XVe siècle, apparaît la formule «Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pécheurs». L’adjectif «pauvres» accolé à «pécheurs» est ajouté plus tard.
La prière du peuple chrétien
Au XVIe siècle, l’imprimerie permet de multiplier les livrets ornés de gravures représentant les « mystères » choisis pour les méditations.
En 1571, le Pape Pie V, dominicain, institue comme fête de Notre-Dame du Rosaire le 7 octobre, déjà fête de la confrérie, en action de grâce pour la victoire de Lépante sur les Turcs considérée comme un miracle obtenu par la prière du Rosaire dans laquelle toute la chrétienté s’est impliquée à sa demande.
En 1572 le même Pie V officialise la liste des quinze mystères. Le Rosaire devient la prière du peuple chrétien.
Au long des siècles, de grands chrétiens vont y attacher leur nom.
Au XVIIIe siècle, Louis-Marie Grignion de Montfort est le grand apôtre du Rosaire.
Au XIXe siècle Pauline Jaricot lance le Rosaire vivant; à la grotte de Lourdes, en 1858, Bernadette Soubirous récite le chapelet avec la Sainte Vierge; Bartolo Longo fonde à Pompéi un sanctuaire dédié à la Vierge du Saint Rosaire; le Pape Léon XIII consacre à la prière douze encycliques, ce qui le fait appeler « le Pape du Rosaire ».
Au XXe siècle, à Fatima, en 1917, la Vierge elle-même déclare à trois enfants: « Je suis Notre-Dame du Rosaire. Je suis venue pour exhorter les fidèles à réciter chaque jour le chapelet, à faire pénitence pour leurs péchés et à changer de vie ».
En ce début du XXIe siècle, Jean-Paul II proclame une année du Rosaire. Il lance un cri poignant à tous les chrétiens: « Que mon appel ne reste pas lettre morte » et ajoute aux quinze mystères, joyeux, douloureux, glorieux, des « petits nouveaux », les cinq mystères lumineux.
Chapelle Notre-Dame de la Médaille Miraculeuse

Spiritualité du Rosaire
Le Rosaire est à la fois un « présent du ciel » et un chemin de sainteté.
Le Rosaire, « présent du ciel », comme le dit le père de Montfort[1], est d’une immense puissance.
Il est également une façon d’honorer la Trinité, le Christ dans l’histoire du Salut et la Vierge Marie, à travers plusieurs étapes spirituelles, que le pape Jean-Paul II a expliquées dans sa Lettre apostolique sur le Rosaire (Rosarium Virginis Mariae, 2000). Saint Jean-Paul II rappelait d’ailleurs que la pratique du Rosaire permet d’apprendre à prier, d’œuvrer pour la paix, de prier pour nos familles, et de répondre aux demandes réitérées de la Vierge Marie, au cours des différentes apparitions dont elle nous a gratifiées.
La répétition comme principe spirituel
La spiritualité orthodoxe connaît bien la portée répétitive de la prière du cœur, telle qu’elle s’est exprimée dans la philocalie[2]. Le Rosaire utilise cette forme de prière répétitive, si féconde lorsqu’elle n’est pas rabâchée sans y mettre son cœur.
Pour lutter contre le risque d’une prière qui, à force de répétition, peut perdre de sa saveur et devenir mécanique, le Père de Montfort préconise d’insérer les clausules créées par le chartreux Dominique de Prusse au XVè s, qui permettent d’enraciner les Ave dans le mystère contemplé[3].
La contemplation des mystères nous fait ainsi peu à peu entrer, dans le Cœur de Marie, pour y vénérer son Fils, à travers tous les événements de l’histoire du salut.
Les " fruits de sainteté " du Rosaire et du chapelet
À chaque mystère correspond un fruit spirituel, que le pape Jean-Paul II nomme « fruit de sainteté ».
Fruits des mystères joyeux
Le fruit du 1er mystère joyeux (l’Annonciation à Marie par l’ange Gabriel et l’Incarnation du Christ (Lc 1.26-38 ; Mt 1.18-25)) est l’humilité ; les fruits se succèdent avec le 2e Mystère : La Visitation de Marie à sa cousine Elisabeth (Lc 1.39-55) : la charité fraternelle ; 3e Mystère : La Nativité de Jésus à Bethléem (Mt 2.1-12 ; Lc 2.1-20) : l’esprit de pauvreté ; 4e Mystère : La Présentation de Jésus nouveau-né au Temple (Lc 2.22-38) : la pureté et l’obéissance ; 5e Mystère : Le Recouvrement de l’enfant Jésus au Temple (Lc 2.40-51) : le zèle dans la réponse à l’appel de Dieu.
Fruits des mystères lumineux 1er Mystère : Le Baptême de Jésus au Jourdain (Mt 3.13-17) : l’état de grâce. 2e Mystère : Les noces de Cana (Jn 2.1-12) : la confiance en la volonté de Dieu et en Marie ; 3e Mystère : L’annonce du Royaume de Dieu avec l’invitation à la conversion (Mc 1.15) : la conversion intérieure, la sainteté ; 4e Mystère : La Transfiguration (Lc 9.28-36) : la contemplation ; 5e Mystère : L’institution de l’Eucharistie (Jn 13) : la pratique des sacrements.
Fruits des mystères douloureux 1er Mystère : L’Agonie de Jésus au Jardin des Oliviers (Mt 26.36-50 ; Mc 14.32-46 ; Lc 22.39-48 ; Jn 18.1-8) : la contrition (le regret de nos péchés) ; 2e Mystère : La Flagellation de Jésus (Mt 27.26 ; Mc 15.15 ; Jn 19.1) : la mortification de nos sens et de notre corps ; 3e Mystère : Le Couronnement d’épines (Mt 27.27-30 ; Mc 15.16-20 ; Jn 18.37 ; Jn 19.2-15) : la mortification de nos pensées et de notre esprit ; 4e Mystère : Le Portement de Croix (Mt 27.31-33 ; Mc 15.20-22 ; Lc 23.26-32 ; Jn 19.16-17) : la patience dans les épreuves ; 5e Mystère : Le Crucifiement et la mort de Jésus sur la croix (Mt 27.34-61 ; Mc 15.23-47 ; Lc 23.33-56 ; Jn 19.18-42) : un amour plus grand pour Jésus, mort pour nous sauver.
Fruits des mystères glorieux 1er Mystère : La Résurrection de Jésus (Mt 28.1-15 ; Mc 16.1-18 ; Lc 24.1-12 ; Jn 20.1-28) : la foi ; 2e Mystère : L’Ascension de Jésus au ciel (Lc 24.39-53 ; Mc 16.19-20 ; Ac 1.6-9) : l’espérance et le désir du Ciel ; 3e Mystère : L’effusion du Saint Esprit au jour de la Pentecôte (Ac 1.14 – 2.47) : la descente du Saint-Esprit dans nos âmes ; 4e Mystère : La Dormition et l’Assomption de Marie au ciel (2 R 2.11 ; Tradition ; LG 59) : la grâce d’une bonne mort ; 5e Mystère : le Couronnement de Marie dans le ciel (Ap 12.1 ; Tradition ; LG 59 et 68) : une plus grande dévotion envers la Vierge Marie.
La contemplation et la méditation des mystères de la vie du Christ, priés dans le cadre du Rosaire, sont donc un chemin de conversion de l’esprit et du cœur.
Laissons le Père de Montfort conclure :
« Prenez bien garde, s’il vous plaît, de regarder comme le vulgaire, et même comme plusieurs savants orgueilleux, cette pratique comme petite et de peu de conséquence ; elle est vraiment grande, sublime et divine. C’est le ciel qui nous l’a donnée, et l’a donnée pour convertir les pécheurs les plus endurcis et les hérétiques les plus obstinés. Dieu y a attaché la grâce dans cette vie et la gloire dans l’autre. Les saints l’ont pratiquée et les souverains Pontifes l’ont autorisée »[3].
Marie de Nazareth
[1] « Pendant qu’à l’exemple de saint Dominique les prédicateurs prêchaient la dévotion du saint Rosaire, la piété et la ferveur florissaient dans les ordres religieux qui pratiquaient cette dévotion, et dans le monde chrétien ; mais depuis qu’on eut négligé ce présent venu du ciel, on ne vit que péchés et que désordres partout ». St L.-M. G. de Montfort. Op. cit.
[2] La prière du cœur, ou « prière de Jésus », est au centre de cette spiritualité, et consiste en la répétition inlassable de la même phrase, visant à rendre présent le Christ dans le cœur de celui qui prie et à le garder dans l’humilité « Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi pécheur. »
[3] Saint Louis-Marie Grignion de Montfort. Le Secret Admirable du Très Saint Rosaire pour se convertir et se sauver. Editions Traditions Monastiques, 2005.

I - Avant-propos
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Litanies de la Vierge Marie
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Thérèse : « comment pourrai-je craindre ma Mère ? »
L’enseignement que donne Thérèse de l’Enfant Jésus sur Marie date des derniers mois de sa vie. Elle dira à l’infirmerie à sa sœur Agnès : « je n’ai jamais entendu de sermon qui m’ait plu sur la Sainte Vierge », ce qui n’est pas très aimable pour les prédicateurs de son temps, et elle ajoute : « Je ne voudrais pas mourir sans dire ce que j’ai à dire sur la Vierge. » Elle va rédiger un grand poème au mois de Mai 1897 (" Pourquoi je t’aime ô Marie") et meurt au mois de septembre suivant. Ce long poème de 25 strophes constitue une théologie mariale tout à fait remarquable qui anticipe ce que le Concile Vatican II dira de la Vierge Marie. Thérèse revient à la Parole de Dieu : elle lit l’Évangile. Son poème est tout simplement sa méditation des textes évangéliques sur Marie. Elle commence à l’Annonciation et termine à la Croix. Ce qui pousse Thérèse à écrire ce poème, c’est que les prédications de son temps ont tellement exalté Marie qu’elles l’ont éloignée du Peuple chrétien. On en a fait quelqu’un de tellement extraordinaire qu’à la limite, on la craindrait. Or dit Thérèse : « comment pourrais-je craindre ma Mère ? » Elle voit au contraire en Marie la première Chrétienne, celle qui a suivi son fils Jésus de l’Annonciation à la Croix. Elle souligne que Marie a vécu une vie toute ordinaire : « J’ai entendu dire tant de choses sur la Sainte Vierge que cela la rend inabordable, alors qu’il faudrait la rendre imitable. » Marie a vécu la vie la plus ordinaire, elle qui, à Nazareth, allait chercher l’eau à la fontaine et faisait les repas de Joseph et de Jésus. « Je sais qu’à Nazareth, Mère pleine de grâce, tu vis très pauvrement, ne voulant rien de plus ; point de ravissement, de miracle, d’extase, n’embellissent ta vie, ô Reine des élus. Le monde des petits est bien grand sur la terre : ils peuvent sans trembler vers toi lever les yeux. C’est par la voie commune incomparable Mère qu’il te plaît de marcher pour les guider aux cieux. » Simple femme, « Marie est plus Mère que Reine. » Toute la théologie de Thérèse se résume dans cette réalité, fondée sur l’Évangile selon Saint Jean, lorsque Jésus nous donne sa Mère : « Femme, voici ton Fils, Fils, voici ta Mère. ».
Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus
À méditer ...
Espérer le bonheur du Ciel
Mes frères, si la foi nous découvre partout Dieu présent, l’espérance nous fait faire tout ce que nous faisons dans la seule vue de plaire au bon Dieu, par la pensée heureuse d’une récompense éternelle. Puisque, mes frères, cette vertu adoucit tant nos maux, voyons tous ensemble en quoi consiste cette belle et précieuse vertu d’espérance.
Si, mes frères, nous avons le bonheur de connaître par la foi, qu’il y a un Dieu qui est notre Créateur, notre Sauveur et notre souverain Bien, qui ne nous a créés que pour le connaître, l’aimer, le servir et le posséder ; l’espérance nous apprend que, quoique indignes de ce bonheur, nous pouvons l’espérer par les mérites de Jésus-Christ. Pour rendre, mes frères, nos actions dignes d’être récompensés, il faut trois choses, que voici : la foi, qui nous y fait voir Dieu présent ; l’espérance, qui nous les fait faire dans la seule vue de lui plaire, et l’amour, qui nous attache à lui comme à notre souverain Bien. Oui, mes frères, nous ne connaîtrons jamais le degré de gloire que chaque action nous procurera dans le ciel, si nous la faisons bien purement pour le bon Dieu ; les saints mêmes qui sont dans le ciel ne le comprennent pas. (…)
Mais, me direz-vous, que veut dire ce mot : espérer ? Le voici, mes frères. C’est soupirer après quelque chose qui doit nous rendre heureux dans l’autre vie ; c’est désirer ardemment la délivrance des maux de cette vie, et désirer la possession de toutes sortes de biens capables de nous contenir pleinement. (…) Je dis qu’il faut que notre espérance soit universelle, c’est-à-dire, qu’il faut avoir recours au bon Dieu dans tout ce qui peut nous arriver.
Saint Jean-Marie VianneyLe Cœur divin attiré par notre misère
Un jour, sa méditation lui fit prendre conscience [à Gertrude] de sa misère intérieure, ce qui lui causa un tel mépris d’elle-même que, anxieuse et troublée, elle se demandait comment il lui serait possible de plaire à Dieu qui voyait en elle toutes ses souillures, car là où elle ne découvrait qu’une tache, le divin et pénétrant regard en apercevait une infinité.
La consolation lui fut donnée de cette réponse divine : « L’amour rend l’aimé aimable. » Elle comprit par là que, si sur terre, parmi les hommes, l’amour a tant de force que la laideur elle-même plaît à l’amant à cause de l’amour qu’il lui porte, et parfois jusqu’à lui faire désirer, par amour, de ressembler à l’aimé, comment douter que celui qui est Dieu-Charité, ne puisse, par la vertu de son amour, rendre aimable ceux qu’il aime ? (…)
Une autre fois, le souvenir de ses fautes passées la jetait dans une telle confusion qu’elle ne cherchait qu’à se cacher à jamais et voilà que le Seigneur s’inclinait vers elle avec tant de révérence que toute la cour céleste, comme prise d’étonnement, s’appliquait à le retenir. À quoi le Seigneur répondit : « Je ne puis absolument pas m’empêcher de rejoindre celle qui, par les cordes solides de l’humilité, tire jusqu’à elle mon Cœur divin. »
Sainte Gertrude d'Helfta
« Allez, vous aussi, à ma vigne »
Le Seigneur ne cesse en aucun temps d'envoyer des ouvriers pour cultiver sa vigne (...) : par les patriarches, puis par les docteurs de la Loi et les prophètes, enfin par les apôtres, il travaillait, en quelque sorte, à cultiver sa vigne par l'entremise de ses ouvriers. Tous ceux qui, à une foi droite, ont joint les bonnes œuvres ont été les ouvriers de cette vigne. (...)
Les ouvriers du point du jour, de la troisième, de la sixième et de la neuvième heure désignent donc l'ancien peuple hébreu, qui, s'appliquant (...) depuis le commencement du monde, à rendre un culte à Dieu avec une foi droite, n'a pas cessé, pour ainsi dire, de travailler à la culture de la vigne. Mais à la onzième heure, les païens sont appelés, et c'est à eux que s'adressent ces paroles : « Pourquoi êtes-vous restés là, toute la journée, sans rien faire ? » Car tout au long de ce si grand laps de temps traversé par le monde, les païens avaient négligé de travailler en vue de la vie éternelle, et ils étaient là, en quelque sorte, toute la journée, sans rien faire. Mais remarquez, mes frères, ce qu'ils répondent à la question qui leur est posée : « Parce que personne ne nous a embauchés ». En effet, aucun patriarche ni aucun prophète n'était venu à eux. Et que veut dire : « Personne ne nous a embauchés pour travailler » sinon : « Personne ne nous a prêché les chemins de la vie » ?
Mais nous, que dirons-nous donc pour notre excuse, si nous nous abstenons des bonnes œuvres ? Songez que nous avons reçu la foi au sortir du sein de notre mère, entendu les paroles de vie dès notre berceau, et sucé aux mamelles de la sainte Église le breuvage de la doctrine céleste en même temps que le lait maternel.
Saint Grégoire le Grand
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LA RÈGLE DE SAINT-BENOÎT
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