La vie extraordinaire de François de Laval, un Français devenu saint au Canada

 

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Wilfredo Rafael Rodriguez Hernandez, CC BY-SA 4.0 via Wikimedia Commons.

François de Laval, Wilfredo Rafael Rodriguez Hernandez.

 

C’est un pape jésuite argentin qui a canonisé le premier évêque jésuite des Amériques. Rien ne destinait François de Montmorency-Laval à être religieux, puis missionnaire au Canada. Évêque d’un territoire qui recouvrait la moitié de l’Amérique du Nord, il défendit les Indiens sans perdre l’estime du pouvoir royal. L’Église fête sa mémoire le 6 mai.

Étonnant destin que celui de François de Montmorency-Laval, issu d’une branche cadette de cette illustre maison qui prétend au titre de « premiers barons de la chrétienté ». Né le 30 avril 1623 à Montigny-sur-Avre, baptisé François-Xavier en l’honneur de l’apôtre de l’Extrême-Orient récemment canonisé, il est élevé par les jésuites au collège de La Flèche jusqu’en 1641, puis à celui de Clermont, à Paris. C’est là qu’il découvre chez eux son attrait pour la vie religieuse et les Missions d’Asie. Alors qu’il se prépare au sacerdoce, l’abbé de Laval perd coup sur coup son père et ses deux frères aînés, deuils qui remettent en cause sa vocation car sa mère veut l’obliger à rentrer dans le monde afin de s’occuper des intérêts familiaux…

Il fonde un mouvement de prière

Si le jeune homme consent à revenir un temps au château de ses ancêtres, c’est afin d’y régler les problèmes urgents et préparer son cadet à la tâche qui l’attend, lui ne démordant pas de son désir d’être prêtre. Il obtient heureusement le soutien de son oncle maternel, Mgr de Péricard, évêque d’Évreux, qui l’ordonne le 1er mai 1647. Chanoine de la cathédrale ébroïcienne et archidiacre, le jeune homme devrait s’installer dans la vie tranquille, et cependant pieuse, d’un ecclésiastique bien né de son temps, en attendant de succéder à son oncle sur le siège épiscopal. Le Ciel en décide autrement.

En 1653, les affaires du diocèse l’appellent à Caen pour un long séjour au cours duquel l’abbé de Laval fait la connaissance de Monsieur de Bernières, membre de la puissante Compagnie du Saint Sacrement, ces « dévots » dont se moquera Molière et que Louis XIV finira par éradiquer, groupe de catholiques vertueux qui valent infiniment mieux que la caricature de Tartuffe. Avec Bernières et quelques autres, laïcs ou clercs, il fonde un mouvement de prière et de soutien spirituel, les Bons Amis, qu’ils transporteront ensuite à Paris en 1652. C’est dans le cadre de ce groupe qu’est invité à s’exprimer, en janvier 1653, un personnage devenu déjà légendaire au sein de la Compagnie de Jésus, le Père Alexandre de Rhodes, sujet du pape puisque né en Avignon, évangélisateur du Vietnam. Au contact du jésuite, trois fois chassé d’Asie et qui y est retourné trois fois au péril de sa tête, l’abbé de Laval sent lui revenir ses rêves de missions et sa fascination pour le continent asiatique.

La moitié du continent nord-américain

Cela tombe bien. Rome, qui a retiré l’évangélisation de ces contrées aux Portugais, cherche à fonder là-bas des vicariats apostoliques dont les responsables auront titre d’évêques in partibus infidelium, ce qui signifie qu’ils seront à titre honorifique réputés évêques de diocèses disparus depuis des siècles. Le pape, et Louis XIV aussi, y verrait d’un bon œil l’installation de prélats français, leur nation n’ayant pas d’intérêts dans la région. C’est ainsi que l’abbé de Laval se voit offrir, avec le titre d’évêque de Pétrée — Pétra en Jordanie — le nouveau vicariat apostolique du Tonkin, poste qu’il devrait gagner courant 1657.

En fait, l’abbé de Laval, à la différence des trois autres impétrants, ne partira jamais là-bas. Victime de diverses cabales politico-religieuses, le nouveau Monseigneur s’entend signifier par le roi qu’il doit renoncer à son projet, mais pas à l’épiscopat puisqu’il lui offre, à titre de compensation, l’immense diocèse, que Clément X érigera officiellement en 1674 et  où tout est à faire, de Ville-Marie, futur Québec, fondé par les Sulpiciens. En réalité, le territoire qui correspond à celui de la Nouvelle-France, recouvre la moitié du continent nord-américain et s’étend de la baie d’Hudson à la Louisiane, n’excluant que les comptoirs de Nouvelle-Angleterre et les anciennes possessions espagnoles.

Défenseur des Indiens

François de Montmorency accepte, faute de pouvoir dire non au Roi mais aussi parce qu’il se souvient d’un de ses enseignants jésuites de La Flèche, le Père Lallemant, qui rêvait du Canada et y a trouvé le martyre. Sacré évêque de Ville-Marie le 8 décembre 1658, Mgr de Montmorency atteint son diocèse en juillet 1659 et s’empresse d’y donner la confirmation à ses nouveaux fidèles, dont de nombreux Indiens Mic-Macs. Cette nomination est très politique mais le pouvoir royal se méprend en pensant que M. de Laval se montrera accommodant au détriment de ses devoirs religieux.

Parfait exemple d’évêque tridentin, François de Montmorency ne confond jamais temporel et intérêts de Dieu. Ainsi se fait-il le défenseur décidé des Indiens contre les trafiquants qui les exploitent et les alcoolisent, au détriment des projets commerciaux de Colbert qui voit dans la Nouvelle-France l’occasion d’étendre la puissance du royaume et l’enrichir, non de convertir des autochtones dont il n’a cure. Cela vaudra à l’évêque de nombreux déboires avec les gouverneurs successifs, désireux d’appliquer leurs consignes et qui se heurtent au vertueux prélat. S’ajoutent à ces difficultés les tracas provoqués par les jansénistes, encore puissants à la Cour, et qui n’aiment pas être combattus au Nouveau Monde où la vigilance de Mgr de Laval leur interdira définitivement de s’implanter.

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